Voici encore une histoire extraordinaire, et totalement réelle, émergeant de la catastrophe du tsunami qui a ravagé la côte Nord-Est du Japon le 11 mars 2011, région Tôhoku.

C’est l’histoire d’un journal local, celui d’Ishinomaki, tirant à 11.000 exemplaires quotidiens.  Cette ville, sur la côte de Sendai (préfecture Miyagi) a été au cœur de la catastrophe du 11 mars 2011, touchée de plein fouet par le tsunami meurtrier.

Ce jour funeste pour la cité de 160.000 habitants (plus de 3000 morts dans la ville, 500 disparus), le bâtiment qui abritait les rotatives permettant de publier le journal fut inondé, rendant inopérant le matériel. L’électricité fut coupée et toutes les machines et ordinateurs furent soudain mis hors d’usage. Les journalistes et correspondants du journal  furent directement touchés, soit parce qu’ils étaient au siège de l’entreprise, soit parce qu’ils étaient en mission dans la région.

 Les premiers durent aller se réfugier sur une colline pour éviter la vague meurtrière, tandis que les seconds connurent des situations parfois bien plus délicates ou périlleuses. Un des correspondants du journal (Kumagai Toshikatsu), en mission sur la côte fut emporté par la vague, d’abord vers les terres et rizières où il faillit se noyer, puis vers la mer où il put grimper sur un petit bateau avant d’être secouru par un hélicoptère…

Les autres journalistes, réfugiés sur une colline et ne pouvant que regarder la vague envahissant leur entreprise, ou ceux en mission soudain coupés de toute possibilité de communication (encerclés par l’eau, téléphones portables muets, bloqués dans les embouteillages,  lumières éteintes) et ne recevant que des informations parcellaires, ne pouvaient pas faire grand chose à l’instant « T ».

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Pourtant, tous rejoignirent au plus vite le siège du journal, et acceptèrent la décision du directeur  Omi Kôichi : il faut continuer la mission d’information locale du journal, en allant recueillir les nouvelles qui intéressent la population locale.

Les rotatives ne fonctionnent plus ? Qu’à cela ne tienne ! Le journal sera édité « à la main » et placardé sur les murs de la ville !  Après 99 ans d’existence, le journal ne pouvait pas se taire soudainement,  alors le directeur a décidé de « sélectionner les informations indispensables à la population et les leur transmettre ».

6 exemplaires de « Ishinomaki Hibi Shimbun »  furent ainsi entièrement réalisés à la main… A l’opposé des quotidiens nationaux qui couvraient l’événement de façon globale, « Ishinomaki Hibi Shimbun » apportait à la population des informations locales très concrètes et précises. Ces journaux entièrement manuscrits étaient placardés sur des murs, et très vite les habitants d’Ishinomaki, comme les réfugiés du tsunami, avides d’informations concrètes, justes et précises,  se précipitèrent pour lire les nouvelles diffusées.

Le directeur du journal avoue ne pas avoir été préparé à une telle situation, mais il constate que faire des journaux manuscrits suite à l’impossibilité  de faire autrement n’était que la suite logique de la ferme volonté de remplir la  « mission d’information auprès de notre région ». Total respect envers cet homme et son équipe qui a totalement adhéré à cette mission !

« Pour des actions fondées sur des informations exactes », telle est la devise écrite à la main sur les journaux placardés dans la ville.

Après 99 ans d’existence, le journal « Ishinomaki Hibi Shimbun »  ne pouvait pas se taire…il devait continuer sa mission d’information, fort de la confiance que le peuple de la région lui donnait.

Involontairement, poussé par les évènements, le journal a ainsi renoué  avec l’ancestral moyen de communication : l’affichage d’informations, placardées sur les murs. Certains y voient un signe, une sorte de retour aux sources, un message qui oppose l’information essentielle à l’information superflue.

A mon avis, il faut y voir un grand sens du devoir et un énorme élan de solidarité, un sens de l’intérêt du « groupe », quitte à sacrifier l’intérêt individuel (certains journalistes du journal écrivaient des articles sans avoir d’informations de leur propre famille).

Totale admiration, et  longue vie à « Ishinomaki Hibi Shimbun » et à ses salariés.

 Cette histoire est détaillée dans le supplément de Zoom Japon (mars 2012 , http://www.zoomjapon.info/index.php), mensuel distribué gratuitement à Paris.  Le fascicule s’intitule « La Mission, hommage au quotidien Ishinomaki Hibi Shimbun ».

Quelle leçon de vie !

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Zoom Japon en collaboration avec Espace Japon, avec le soutien du Musée Guimet, organise l'exposition des 6 journaux muraux accompagnés de photos prises par le Français Eric Rechsteiner pour illustrer le contexte dans lequel la petite équipe de ce journal a travaillé (http://www.guimet.fr/fr/expositions/expositions-a-venir/journaux-muraux-realises-par-le-quotidien-ishinomaki-hibi-shimbun).

Voici la présentation qui est faite de cet exposition au musée Guimet du 10 mars au 15 avril 2012 :

« L'initiative de  l'Ishinomaki Hibi Shimbun est extrêmement célèbre dans tout le Japon et a alimenté le débat autour du rôle des médias en temps de crise majeure. Zoom Japon, avec le soutien du Musée Guimet, organise l'exposition de ces journaux muraux accompagnés de photos prises par le Français Eric Rechsteiner pour illustrer le contexte dans lequel la petite équipe de ce journal a travaillé. »

Cet événement a pour ambition de rendre hommage à cette remarquable initiative et de souligner le rôle de la presse écrite dans les situations exceptionnelles (http://www.expoishinomaki.com/).

A ne pas manquer, pour ceux qui auraient la chance de pouvoir passer à Paris entre le 10 mars et le 15 avril 2012 !

Pour tous, voir ci-dessous les photos prises lors de notre visite du 31 mars 2012.

Le 16 mars 2012

Oriibu


Complément: photos prises le 31 mars 2012 (musée Guimet, exposition Ishinomaki Hibi Shimbun )

 

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Visite à compléter par l'exposition de buddhas:

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Et terminer par une promenade dans le jardin japonais!

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