En septembre 2011 une lycéenne japonaise a raconté « à la réunion DAVOS . » ce qu’elle a vécu lors du tsunami du 11 mars 2011 :

(Ce texte poignant est traduit de  http://extras.jp.msn.com/supportjapan/rebuild_nippon/article.aspx?cp-documentid=5710273 , traduction non littérale, nous espérons que l'esprit du texte est conservé)

 

Ce jour-là, c’était la cérémonie de sortie du collège, et j’ai pensé que c’était le meilleur jour de ma vie.

A peine de retour à la maison, il y a eu un séisme. Je n’avais jamais connu un tremblement de terre aussi fort. L’électricité a été coupée et seul mon téléphone portable me donnait des informations. Mais c’était déjà trop tard : le tsunami a « avalé » ma maison et ma famille en un instant dans un bruit infernal.

J’ai été emporté par une eau noire chargée de débris. Dans ma tête, plein de choses ont défilé : je meurs,  j’ai voulu m’habiller de mon costume de lycéenne. Après,  quand j’ai pu sortir de ce flot et me dégager des débris,  j’ai entendu ma mère qui m’appelait sous les débris.  

Quand je les ai enlevés, j’ai trouvé ma mère avec des clous et des morceaux de bois dans son corps , la jambe cassée.  Elle ne pouvait pas bouger et sortir de là, à cause de sa jambe droite qui était coincée. J’ai essayé de tout dégager mais ce n’était pas possible. C’était trop lourd et trop grand pour que j’y arrive toute seule.

Je voulais la sauver, mais me sauver aussi…  et il y avait encore le risque que le tsunami m’emporte et me tue.  Je la sauve ou je m’échappe… J’ai choisi ma vie. C’est ce choix qui me fait pleurer encore sans arrêt. Je lui ai dit plusieurs fois « merci » et « je t’aime » quand je suis partie.

Ce fut très dur de la quitter en l’entendant me dire « ne pars pas ». Je voulais lui dire beaucoup d’autres choses, et je pense qu’il n’y aura rien de plus dur dans ma vie.

Ensuite, j’ai nagé pour rejoindre l’école primaire et je m’y suis reposée la nuit.

Après tout ce que j’ai vécu ce jour-là, j’ai voulu mourir. Pourquoi la vie est si dure que ça ? J’ai pleuré plusieurs fois en pensant à ma famille, j’ai perdu plein de choses inestimables à cause de cette catastrophe.

Mais il y a aussi des choses que j’ai gagné, et puis je pense que je peux progresser encore. Cela dépend de moi. Pour les autres, je ne suis qu’une pauvre lycéenne, mais je ne pense pas que je sois juste ça. J’ai mon grand-père et ma grand-mère. J’ai des amis qui  peuvent m’aider quand je suis triste. J’ai la chance de cette expérience. Et j’ai acquis la confiance en moi-même : désormais je peux tout surmonter. Et aussi, je peux comprendre le traumatisme qui peut toucher quelqu’un.

J’ai donc pour projet de faire un métier pour aider les enfants ayant eu un choc comme moi. Et je veux aussi participer à des actions internationales pour aider après une catastrophe, de façon à rendre le bienfait aux pays qui nous ont aidés.

Il y aura encore de durs moments, mais j’ai trouvé ce que je peux faire en étant utile aux gens, et ainsi je peux trouver une raison de vivre après avoir tout perdu.

 

 texte traduit et édité le 2 mars 2012,

Yoko et Oriibu