Le 30 décembre 2011, après un dîner passé avec des amis à Sendai, et après que nous ayons écouté le récit de ce qu’ils ont vécu depuis le jour fatidique du tsunami du 11 mars 2011, j’ai posé la question « que peut-on faire pour Sendai et sa région? ». Notre hôte m’a tout de suite répondu : « D’abord, penser à notre région ». Et pour cela, a-t-il rajouté, il faut en parler.

« Il faut que tu en parles en France », a-t-il précisé en me regardant droit dans les yeux.

 

En effet, 9 mois après le tremblement de terre de magnitude 9 du 11 mars 2011 et le terrible tsunami qui a suivi, les effets catastrophiques du raz-de-marée qui a dévasté la côte Est du Japon  sont encore bien présents. Sur toute la côte, les pelleteuses sont  toujours en activité pour ramasser les débris des milliers de maisons et bâtiments réduits en miettes, et les regrouper en montagnes de bois et ferrailles dont personne ne sait encore quoi  faire.

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  Sur le plan humain, la catastrophe est moins visible mais totalement palpable… Beaucoup de corps n’ont pas été retrouvés parmi les 25.000 morts ou disparus. Ça et là dans les ruines, des autels bouddhistes sont dressés pour permettre aux vivants de se recueillir en mémoire des victimes.

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Des milliers de personnes ont tout perdu, famille, habitation, biens et travail, et elles sont aujourd’hui logées dans des baraquements provisoires, souvent très loin de leur village d’origine, sans savoir ce que sera vraiment leur avenir.

Toutes ces  tragédies humaines dépassent parfois l’entendement, et je peux vous dire que sur place,  l’émotion ne peut que vous envahir devant ce qui reste des villages : le tracé de rues défoncées, les parpaings traçant au sol l’emplacement de maisons disparues, quelques bâtiments en béton renversés sur le côté ou tenant encore debout bien que détruits sur 1 ou 2 étages…

Même si les débris ont été évacués, cette vision  de désolation est particulièrement émouvante, et on ne peut que faire le rapprochement avec les images d’Hiroshima dévastée par la bombe atomique en 1945...

 

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Sur le plan économique, les usines qui étaient en bord de mer ont été ravagées et si quelques-unes d’entre elles ont pu reprendre une activité (parfois dans des locaux prêtés par une autre entreprise, ou dans des conditions très précaires), beaucoup d’autres sont encore en reconstruction ou à l’état d’abandon.  Et pas d’usine ou d’atelier veut dire pas de travail pour beaucoup d’habitants de la côte.

 

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Quant à la flotte de bateaux de pêche, elle a bien sûr été touchée de plein fouet en étant en grande partie détruite. De toute façon, les navires qui restent sont amarrés à quai en raison de la radioactivité des poissons de la région, suite à la catastrophe de Fukushima.  

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Car voilà l’autre problème qui se présente pour la région de Tôhoku* (région Nord-Est de l’île de Honshû, île principale du Japon, dans laquelle se trouve Sendai et sa côte) : les retombées de la radioactivité due aux fuites de la centrale nucléaire de Fukushima.

Tout le monde sait que la centrale a également été très gravement  touchée par le tsunami, et que si le pire a été évité de justesse, des dégâts ont déjà eu lieu en polluant les eaux et terres de la région.

On peut parler de catastrophe nucléaire, même si nul ne sait vraiment quel est le vrai degré de gravité. Certains craignent la sortie de l’hiver et la fonte des neiges qui risque de répandre la radioactivité bien au-delà de la zone actuellement circonscrite. Et d’ores et déjà, il faut se préoccuper des personnes sensibles qui ont été ou seront impactées par la radioactivité : femmes enceintes, jeunes enfants, personnes fragiles…

 

Tout cela, il ne faut pas l’oublier. Une actualité chasse l’autre dans nos esprits, beaucoup d’autres évènements nationaux ou planétaires sont intervenus depuis le tsunami du 11 mars 2011, mais la situation sur place n’est absolument pas réglée.

Alors, il ne faut pas oublier Tohôku.

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Au Japon, la solidarité joue : dans les aéroports, dans les villes, dans les bus, partout, des affiches invitent à ne pas oublier cette catastrophe. A la télévision, des émissions analysent en permanence le tremblement de terre et le tsunami du 11 mars, tiennent informé de la situation à Fukushima. Je ne suis pas en mesure de dire si l’information diffusée est sincère ou tente de minimiser le problème, mais il est sûr que c’est une préoccupation bien ancrée dans le pays.

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Bien sûr, la vie a repris pleinement dans tout le Japon, et malgré les nombreuses associations ou initiatives individuelles (des milliers de bénévoles venus de tout le Japon sont venus aidés les sinistrés), les habitants de la côte de Sendai se sentent un peu perdus et oubliés.

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En effet, quel contraste entre la côte et la ville de Sendai. L’une est dévastée et présente encore un paysage de désolation, l’autre a effacé tous les stigmates du tremblement de terre et a retrouvé (presque) tous ses fastes « consuméristes ».

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 Le gouvernement japonais semble  à la traîne dans la gestion d’après-crise, mais les japonais n’attendent pas tout du gouvernement. Des bénévoles interviennent pour aider les sinistrés, mais le mouvement n’est pas aussi général qu’on pourrait le souhaiter. Les entreprises essaient de rouvrir, de trouver les financements nécessaires pour fournir du travail à tout ou partie de leurs employés.

 

En France, la première vive émotion passée, je crois que la plupart des gens pensent que tout est rentré dans l’ordre au Japon. C’est bien entendu complètement faux. Beaucoup de français se disent  que le Japon est un pays suffisamment riche pour « régler » le problème tout seul. C’est vrai que le Japon est un pays riche (bien que touché aussi par la crise économique mondiale), mais cela ne doit pas nous dédouaner de tout effort de solidarité. Une solidarité qui ne coûte pas forcément cher : penser au Japon. « Pray for Japan » (prier pour le Japon), comme il est affiché un peu partout dans ce pays.

Quelle que soit notre religion ou absence de religion, on peut prier ou penser au Japon et aux japonais qui ont vécu cette catastrophe et vivent en permanence avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Les japonais, peuple spirituel et pacifique, sont particulièrement sensibles aux pensées et attentions des autres habitants de la planète Terre…  

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Alors pour tenir ma promesse de « parler de Sendai et sa côte, de la région de Tohôku touchée par le tsunami et la catastrophe de Fukushima », j’ai écrit cet article et j’ouvre un groupe facebook  pour tenir informé ceux qui le souhaitent de la situation à Sendai et sur la côte Est du Japon, touchée par le tsunami du 11 mars 2011.

Le groupe s'appelle "Kizuna pour Tôhoku": "kizuna" signifie "solidarité", et "Tôhoku" est la région Nord-Est du Japon, touchée par le tsunami et les retombées de la catastrophe de Fukushima.

Le lien est: https://www.facebook.com/groups/124988210954041/ ; N'hésitez pas à vous abonner à ce groupe pour montrer votre solidarité et rester informé de l'actualité .

Cette page facebook  a aussi pour vocation d’aider toute initiative ou action permettant d’aider cette région. N’hésitez pas à y apporter votre contribution.

Le blog http://kizunatohoku.canalblog.com/ reprendra ici les articles ou commentaires spécifiques.

 

Pour aider Tôhoku, il faut déjà penser à Tôhoku, et pour cela il faut en parler, pour ne pas oublier.

 

le 7 janvier 2012,

Olivier de Lataillade

 

(photos prises en décembre 2011 à Sendai, Ishinomaki et les villages de la côte de Tôhoku, préfecture de Miyagi) 

(album photo complet: http://kizunatohoku.canalblog.com/albums/cote_de_sendai__decembre_2011/index.html )


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*  La région de Tōhoku est une région du Japon. Tōhoku signifie nord-est en japonais ; cette région couvre en effet le nord-est de l'île de Honshû, l'île principale du Japon. Cette région est formée de six préfectures : Akita, Aomori, Fukushima, Iwate, Miyagi, Yamagata. (extrait de wikipédia)